Les Mapuches, un peuple et une culture


Drapeau mapuche
Qui sont les Mapuches ?

Le peuple Mapuche vit depuis le XIIIè s. sur un territoire correspondant au centre et au nord de la Patagonie, à cheval sur la cordillère des Andes, de l’ouest du Chili à l’est de l’Argentine.
‘Mapuche’ signifie ‘homme de la terre’. Les conquistadores les appelaient Arauca
ns. La langue des Mapuche est le Mapudungun.
Estimés à environ 600 000 (sur une population chilienne de 15 millions), les Mapuches du Chili vivent majoritairement dans trois régions au sud du fleuve Bío Bío, entre Concepción et l’île de Chiloé, ainsi que dans la capitale, Santiago de Chile. Le nombre de Mapuches en Argentine est estimé à 300.000, la plupart vivant dans les provinces de Neuquén et de Rio Negro.

Le nouvel an mapuche se fête durant le solstice d’été (aux alentours du 21 juin) et s’appelle wetripantu.

Un peu d’histoire


Comme tous les peuples originaires d’Amérique du Sud, les mapuches ont beaucoup souffert des exactions commises par les conquistadores espagnols. Pendant plus de trois cents ans ils ont résist
é à l’invasion de leur territoire, et ils sont parvenus à obtenir certaines garanties pour le respect de leurs droits fondamentaux. Parmi celle-ci le pacte de Quillin célébré en 1641 qui reconnaît l’indépendance du territoire mapuche depuis le fleuve Bio Bio jusqu’au sud du pays. Le peuple mapuche est donc le seul en Amérique latine à n’avoir pas été vaincu par la colonisation espagnole.
La longue période de la Guerre d’Araucanie, entre les Mapuches et les Espagnols, signifie, en plus d’un conflit armé, un intense échange culturel et un processus de métissage. C’est lors de cette période que les Mapuches adoptent le cheval et les techniques du travail de l’argent.

Intérieur d'une maison (ruka)
Les premières années qui suivent l’indépendance du Chili (1818), sont relativement calmes pour les mapuches, les Chiliens se montrant aussi prudents que les Espagnols. Cependant, l’auto-proclamation de Orélie-Antoine de Tounens comme Roi d’Araucanie, sous la protection de la France, sonne comme un signal d’alarme au Chili. Commence alors une série de campagnes militaires, appelée ‘Pacification d’Araucanie’. Les Mapuches sont vaincus en 1882.
A travers des politiques d’éradication, de déracinement et d’assimilation forcés, l’état chilien continue le processus de colonisation et d’extermination des Mapuche. Un système de ‘réserves‘ est mis en place par divers gouvernements jusqu’en 1925, année au cours de laquelle sont parqués les derniers natifs dans la zone de Cautin.
Les Mapuches du Chili se sédentarisent, abandonnent l’activité millénaire d’échange de bétail avec leurs cousins d’Argentine, et travaillent la terre. Le mode de vie Mapuche, ayant pour base la possession communautaire des terres, se voit bouleversé par la contre-réforme agraire imposée par le régime militaire de Pinochet, mettant l’accent sur la propriété individuelle privée. Ceci implique la perte de plusieurs milliers d’hectares de terre, récupérés par des entrepreneurs et par de grandes entreprises forestières.
Le passage du Chili à la démocratie en 1989 n’empêche pas les vexations vis-
à-vis des Mapuches et l’appropriation de leurs terres.
Face à cette situation s'est mis en place un mouvement Mapuche, pour tenter de freiner
l’expansion des entreprises forestières, les mégas projets de centrales hydroélectriques, la contamination du sol par des décharges sauvages, les discriminations économiques, sociales et raciales au quotidien. Depuis quelques années le gouvernement chilien a créé les ‘zones de développement autochtone’, qui n’ont malheureusement pas encore de statut défini. Espérons néanmoins que cette initiative puisse déboucher sur la reconnaissance des droits territoriaux des Mapuche, et leur autonomie.
En Argentine, dès 1963 les réserves aborigènes se convertissent en groupements et en 1988 la loi provinciale crée les ‘Communautés Mapuches’ qui s’adaptent aux normes légales en cours actuellement. On compte actuellement 38 communautés dans la pr
ovince de Neuquén.

Mode de vie

Les Mapuches vivent au milieu d’une nature relativement accueillante - des
lacs, des plantations de pins et d’eucalyptus, des collines verdoyantes - mais au climat rude en hiver. Leur histoire est parsemée de tremblements de terre, de raz-de-marée, comme le raconte le récit de leurs origines.

Ruka
Le noyau fondamental d
e cette société est la famille, dont l’habitation s’appelle ruka. L’homme est le chef du foyer, il travaille aux champs et garde les troupeaux. La femme s’occupe des tâches ménagères, prend soin des enfants, mais s’attache aussi à préserver et diffuser les contenus et valeurs de la culture mapuche. La polygamie existe dans l’ancienne société mapuche, pour laquelle elle est un symbole de richesse et de pouvoir. Aujourd’hui cette coutume a disparu, pour des raisons économiques et par l’influence du christianisme.

Pignon d'araucariaUne communauté regroupe plusieurs familles, unies par les liens patriarcaux et une propriété commune. Cette proximité entraîne des liens économiques, comme la réalisation de travaux agricoles, la construction de maisons, ou différents événements comme le jeu du ‘palin’ qui se joue avec un bâton tordu en forme de crosse. Le chef de clan s’appelle Ionko, généralement celui qui avait le plus de prestige ou le plus de richesse. La nourriture de base fait appel au pignon de l’Araucaria, dont on fait de la farine. Actuellement les Mapuches, qui ont à peine de quoi subsister, se contentent au quotidien d’une soupe de pommes de terre, légumes, poulet (parfois), riz et coriandre.

Leur habitat se constitue de petites maisons dont le matériel employé est en fonction de la situation géographique de leurs lieux de résidence : briques de boue, pierres de taille ou bois. Les structures des toits sont en bois, que l’on recouvre de branches de coirones (broussailles) le to
ut enrobé d’une couche de boue. Les toits traditionnels, aujourd’hui en extinction, sont souvent remplacés par des tôles, lambris et autres isolations thermiques actuellement sur le marché. Le plancher est généralement en terre battue.
Beaucoup vivent actuellement dans des conditions misérables, comme le raconte une ethnologue suisse: ‘...Avoir un lit à soi est un privilège rare et on doit parfois dormir avec six personn
es. Lorsqu’il pleut, ce qui est fréquent, les pesticides utilisés dans les plantations d’arbres se répandent dans les sources d’eau potable...Eté comme hiver, l’humidité est constante. D’où les cérémonies pour demander de bonnes récoltes...Au cours de ces cérémonies, on dresse des branches de canelo, l’arbre sacré, de part et d’autre d’un autel. Lorsque c’est possible, elles se déroulent auprès d’arbres entiers. Mais la déforestation des essences naturelles est telle que c’est rarement le cas. Celles-ci ont en effet été remplacées par des eucalyptus ou des pins, qui assèchent le sol et sont une vraie catastrophe pour la région.’
Ancienne photographie
Economie

A petite échelle c’est l’élevage qui constitue la base des ressources économiques des familles de la communauté : moutons surtout, mais aussi vaches et chevaux, leur permettant de commercialiser la laine, le cuir, la viande et le fromage. Les Mapuches utilisent la laine pou
r réaliser au métier à tisser de véritables chefs d’œuvre. Ils tissent également des ponchos, couvertures, foulards, bandeaux et fabriquent en moindre quantité des pièces en bois, en argent et en cuir.
Actuellement le tourisme constitue une nouvelle alternative commerciale ainsi qu’une revalorisation de la culture mapuche.

La médecine mapuche

Les Mapuches possèdent une grande connaissance de la médecine traditionnelle par les plantes. Afin d’éviter la disparition de ce savoir, et pour favoriser l'utilisation durable, la conservation et la connaissance de la flore médicinale, ainsi que l'accès complet à l'utilisation des plantes médicinales par les collectivités locales, a été créé un réseau, qui sera actif en Argentine, au Brésil, au Chili et en Uruguay et lancera des activités exploratoires au Paraguay.

Machi

Depuis 1999, l'hôpital rural de Makewe, desservant une communauté essentiellement Mapuche (Sud du Chili), développe une médecine étroitement intégrée dans la communauté, appuyée à la fois sur les pratiques traditionnelles et la médecine occidentale, selon une approche de complémentarité.
Le détenteur de ce savoir (Chaman) s’appelle Machi chez les Map
uches.

Une machi

Croyances

KultrungKultrung (tambour)
Les Mapuches sont indissociables de la terre, des animaux, de la nature, qu’ils considèrent comme sacrés. Actuellement et depuis l’invasion de la culture européenne, ils insèrent à leurs croyances des éléments des religions catholique et protestante. La machi (prêtresse) et la médiatrice entre le monde naturel et le surnaturel. Elle utilise le ‘kultrung’, tambour cérémonial, sur lequel l’univers apparaît symboliquement divisé en
quatre parties par une croix. Les cadrans supérieurs représentent le ciel, les inférieurs la terre. Cette opposition ciel-terre équivaut à l’opposition homme-femme ou aux cycles de la nature. Le sud et l’est son reliés à l’idée du bien, le nord et l’ouest sont considérés comme négatifs : du nord viennent les vents annonciateurs de mauvais temps, à l’ouest se couche le soleil et reposent les morts.
De l’est vient Pillan, divinité qui vit derrière les montagnes. A l’orient naît le soleil, les lunes et les étoiles, de là viennent tous les pouvoirs et les forces qui maintiennent la vie. Là se trouve le chemin permettant l’ascension vers le monde sacré.
Dans l’inframonde nag mapu vivent le mal et les forces occultes. Il est symbolisé
par la couleur noire. Là vivent les weküfe, êtres des ténèbres.

NguillatúnNguillatun
Les plus connues des cérémonies mapuches sont la nguillatun, la machitun et la wentripantu. Cette dernière est la célébration de l’an neuf, au solstice d’hiver. Le nguillatun dure entre deux et quatre tours, et a lieu tous les trois ou quatre ans, selon les nécessités. Il s’agit en effet de demander un meilleur climat, de bonnes récoltes, une nourriture abondante, ou d’éviter les maladies.

Durant la cérémonie on danse et on prie. On sacrifie un animal, généralement une brebis, avec le sang duquel on asperge les invités, avant de le cuire et de le manger. On boit du muday, à base de maïs fermenté. Durant cette cérémonie la machi fait office d’aide au ngepin, l’officiant.
Le ‘machitun’ est un rite de guérison, exécuté par la machi, et qui consiste en trois étapes : le diagnostic de la maladie, son expulsion et une révélation surnaturelle sur la guérison à suivre.

Les relations entre les Mapuches et l’Administration des Parcs Nationaux Argentins.


Les Parcs Nationaux du Sud de l’Argentine ont été créés pour assurer une occupation territoriale de la zone de la cordillère qui occupe 30% de la frontière patagonienne avec le Chili. Cette occupation relevait d’un aspect stratégique de défense et de sécurité du territoire, à une époque où les tensions entre les deux pays étaient vives.

Le célèbre ingénieur et explorateur argentin Moreno avait reçu un grand territoire, en remerciement pour son travail de relèvement de nouvelles terres, d’espionnage et de diplomatie persuasive envers différents groupes mapuches. En 1903 Moreno fit don à l’état argentin d’une grande portion de ce territoire.
Le président argentin de l’époque, Julio Roca, accepta ce cadeau avec joie et promit d’en faire respecter le mode de vie de ses habitants sans autres bouleversements que le strict nécessaire – nécessaire à la ‘défense du patrimoine national’.
Jeu du palin

Dans les faits, la création du Parc National Lanín entraîna une politique d’expulsion violente de centaines de famille mapuche, qui avaient survécu à la barbarie de la ‘Conquête du Désert’ – orchestrée par ce même Julio Roca à une époque où il servait encore dans l’armée comme général... Ces familles furent relogées dans une estancia expropriée, du nom de Pulmarí.
L’arrivée violente des premiers employés des Parcs Nationaux et de leur stratégie de ‘défense du patrimoine national’ eut pour conséquence une légitimation des territoires au bénéfice de grands propriétaires terriens, un développement urbain, commercial et touristique, et parfois industriel (scieries). En conséquence, la vie communautaire des Mapuches se désintégra, ils perdirent leurs terres, furent poursuivis par les autorités politiques et religieuses, et divisés en deux nationalités, la cordillère des Andes constituant la frontière entre l’Argentine et le Chili. Sur leurs anciennes terres on construisit des fortins, pour garantir la sécurité des colons qui allaient fonder les premiers villages de Patagonie.

Les communautés mapuches dans le Parc National Lanín (près de S.Martín de los Andes)


Dans la zone du Parc sont permis les activités humaines et l’établissement de population. Cela permet la présence de sept communautés mapuche (Cayún, Curruhuinca, Aigo, Lafkenche, Raquitué, Ñorkinco y Lefiman) qui occupent plus ou moins 24.000 hectares.
Lors de la création du Parc on octroya des permis provisoires d’occupation et de pâturage aux Mapuches qui faisaient déjà partie de la zone couverte par le Parc. Ces permis étaient personnels et prenaient fin avec la mort de leur titulaire. Mais dans les faits les descendants des titulaires de ces permis restèrent sur place. L’Administration des Parcs reconnut donc, par la force des choses, ces installations.
Les relations autrefois tendues entre les ‘demandeurs’ (les Mapuches) et ‘ceux à qui on demandait’ (l’Etat argentin) ont fait place à une gestion conjointe de la part des deux parties. Sous le slogan ‘il ne suffit pas de se connaître, il faut se reconnaître’, on tente de construire une nouvelle relation interculturelle entre les communautés.