La Trochita– 'Vieil Express de Patagonie'
La Trochita est la relique vivante d’une histoire chargée d’aventures, anecdotes et événements divers. Le petit train à écartement de voies super économique de 75cm, a parcouru pendant des années l’immensité de la steppe de Patagonie, traversant les vastes étendues de la province de Chubut.
Un groupe d’amoureux de La Trochita, parmi lesquels des gens de toute la région depuis Esquel à el Maitén, et beaucoup de cheminots, encore en activité ou non, ont créé une association Amigos de la Trochita qui met tout en œuvre pour maintenir ce chemin de fer en vie. Montons à bord du Vieil Express de Patagonie...
Pourquoi ce chemin de fer est-il si particulier ?
Parce que la considérable taille de son parcours, 402Kms, est tout à fait inhabituelle pour cet écartement ‘économique’ de 75cms.
Parce que ses légendaires locomotives à vapeur de 1922 sont encore en activité, certaines étant uniques au monde.
Parce que le train parcourt l’exceptionnel paysage de la précordillère patagonne.
Car l’écrivain nord-américain Paul Theroux relate son aventure de la Trochita dans un livre à succès, The Old Patagonian Express (Patagonie Express) – voir plus bas.
Historique
Après la première guerre mondiale, le gouvernement argentin décide de construire la voie ferrée en utilisant l’écartement étroit et économique de 75cms. Pour comprendre l’origine de cette décision, il faut savoir que l’écartement super étroit de 60cms, appelé ‘type Decauville’, avait utilisé pendant la guerre pour les voies ferrées qui approvisionnaient les forts. Après la guerre celles-ci jouèrent encore un rôle important d’aide à la reconstruction en France et en Belgique. En Argentine, dans le contexte de récession économique qui suivit, les fonds requis pour les chemins de fers patagoniques étaient limités, ce qui poussa le gouvernement à choisir un type de voies économique. De plus, de nombreuses machines à vapeur pour ce type de chemin de fer étaient disponibles sur le marché.
Locomotive Henschel
Les machines, de marque Baldwin (USA) et Henschel (Allemagne), ainsi que les wagons, ont été fabriqués en 1922. L’achat de wagons pour passagers et de marchandises se réalisa en 1922, en deux opérations, à la 'S.A. Ateliers de Construction de et à Familleureux Belgique’ (près de Seneffe). Ce charroi se composait de 230 wagons plateforme, 150 wagons demi couverts, 110 wagons couverts, 100 wagons pour bétail, 100 wagons pour ovins, 35 wagons citernes à eau, 35 wagons citernes à pétrole, 50 fourg
ons pour trains mixtes, 25 voitures de 1ère classe, 25 voitures de 2ème classe, et des pièces de rechange diverses pour tout ce matériel roulant.
Locomotive Baldwin
Vous pouvez trouver un inventaire complet du matériel subsistant sur ce site en anglais - c’est très intéressant, et très documenté !
Après les travaux de préparation du terrain et la pose des voies, le matériel roulant arrive en 1945 et effectue le voyage inaugural.
La Trochita n’assure plus aujourd’hui qu’un service touristique entre Esquel et Nahuel Pan, et, périodiquement, le transport de passagers jusque El Maitén, où se trouvent les ateliers principaux.
Le matériel actuel
Le charroi actuel compte 22 locomotives : 11 Baldwin et 11 Henschel. Il faut y ajouter la machine utilisée pour former les convois à El Maitén, une Henschel de type 1A.
Les locomotives sont régulièrement inspectées de fond en comble. Si elles sont jugées en bon état elles reçoivent un ‘certificat de chaudière’ valable 5 ans. Après ce laps de temps elles sont inspectées moins rigoureusement et peuvent alors recevoir une prolongation d’emploi de 3 ans. Tous les 8 ans donc il faut effectuer un remplacement systématique de la chaudière et une réparation de 70% de la machine.
Tous les wagons datent de 1922, à l’exception du wagon restaurant et de quelques wagons de première classe, construits dans les années 60.
Caractéristique techniques
Les machines fonctionnent au ‘Fuel Oil’, dérivé du pétrole de forte densité, obligeant à un préchauffage avant d’être injecté dans la chambre de combustion. Afin d’effectuer ce préchauffage, les réservoirs des ateliers possèdent des canalisations dans lesquelles on fait circuler de la vapeur. On pompe ensuite le fuel dans les locomotives. Les chaudières de celles-ci doivent être allumées au bois, pour procurer la vapeur nécessaire à l’injection du fuel dans la chambre de combustion. La mise en marche de ce système complexe requiert de 4 à 5 heures. Aujourd’hui, dans les ateliers de El Maitén, on a réussi à réduire ce délai à 2h30, en utilisant de l’air comprimé. Chaque machine consomme environ 100 litres d’eau au kilomètre, et doivent donc commencer leur voyage avec une charge de 4000 litres pour effectuer 40kms. Pour cette raison on a installé des pompes à eau distantes de 40kms tout au long du parcours, pour que le train puisse faire son réapprovisionnement.
La vitesse maximale des trains est d’environ 60km/h, mais on la limite ici à 45km/h. Ces machines possèdent en outre un système d’aspersion des voies par du sable, pour éviter le patinage des roues, lorsque la glace recouvre les voies en hiver mais aussi lorsque…les herbes les recouvrent en été.
Dans la presse
Voici un article du New York Times News Service, de 1992, écrit par N. Nash et dont le titre est ‘Pour la destinée du Patagonia Express’ : ‘La vérité est que le chemin de fer ne s’appelle pas ‘Vieil Express de la Patagonie’, nom inventé par Theroux dans son livre. Il est loin en effet d’être un express, toussotant sur les voies, crachant d’énormes panaches de fumée noire, ne se contentant pas de faire seulement ses 14 arrêts officiels, mais beaucoup plus à mesure qu’il rencontre des passagers sur son chemin. Les Argentins l’appellent La Trochita. A chaque voyage les gens de l’endroit occupent tous les bancs de bois branlants, et boivent le maté, se rassemblant autour du petit poêle à bois au centre de chaque wagon, secoués durant les 14 heures de voyage jusque Esquel. (...) Comme me le disait un maire, ce voyage est l’un des plus singuliers au monde, dans un des endroits les plus singuliers de la planète. Les gens se sentent toujours impressionnés par la Patagonie’.
(D’après Patagonia Express et La Trochita)
Paul Theroux - Patagonie Express
Paul Théroux est né en 1941 dans le Massachusetts. Il est l'auteur de romans et de récits de voyages.
"J'étudiais la carte quand il m'apparut qu'il existait une ligne de chemin de fer qui allait de ma maison dans le Massachusetts jusqu'au grand plateau de la Patagonie." Alors Paul Theroux, un beau matin d'hiver, est parti. En métr
o, à quelques blocs de sa maison de Medford pour se rendre à la gare de Boston, puis en train jusqu'à la mythique Patagonie, des pentes de Fitzwilliams, battues par le blizzard, aux vents secs et chauds de la Pampa, des wagons de luxe fastueux aux tortilllards pitoyables. Transpirant et grelottant au gré d'altitudes et de températures capricieuses, devant supporter l'épouvantable M. Thorneberry au Costa Rica et passant des nuits à faire la lecture à l'écrivain aveugle Jorge Borges à Buenos Aires, rencontrant au hasard d'une halte la copie conforme d'un personnage fictif d'un de ses précédents romans... Paul Theroux, inventeur d'une forme originale en littérature qui marie le voyage et l'aventure, le récit et le drame, embarque le lecteur dans un étourdissant voyage, celui qui mène "au bout de la ligne".